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Méditer

Méditer

" Il y a quelques années, un équipage de course au large français, en traversant l’Atlantique, perd un homme qui tombe à la mer. C’est toujours un drame, même quand chacun à bord et le skipper compris sont des superprofessionnels comme c’est le cas. Toutes les manoeuvres effectuées pour retrouver l’équipier échouent. Tout le matériel du plus récent modèle est impuissant. Disparu. Après des heures d’efforts inutiles, le skipper abandonne.

L’homme à la mer, lui, n’a pas abandonné, même s’il a vu plusieurs fois son bateau passer, presque à le toucher, sans le voir, sans l’entendre. Il continue à nager.

Au jour, alors qu’il désespère, vaincu par le froid et la fatigue, une voile apparaît à l’horizon, s’approche, navigue vers lui. Ce sont ses amis. Il est sauvé.

"Comment avez-vous fini par me repérer ? demande-t-il. - Par le nuage de goélands." Les oiseaux de mer sentent la mort. Ils s’étaient rassemblés, attirés par le nageur abandonné, et tournoyaient dans le ciel au-dessus de sa tête, au-dessus de l’horizon. Attendant d’attaquer et de se nourrir (en commençant par les yeux, dit la rumeur marine). Visibles de loin, de très loin, du bateau, où l’équipage avait tout de suite compris. Le camarade était là-bas, sous le nuage d’oiseaux. Vite, vite, on vire, on y va. "

Jean-François DENIAU

in : L’Atlantique est mon désert, Paris, Gallimard, éd., 1996.

ISBN : 2-07-074572-4


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"Dans l’insouciance d’une belle journée, sur une mer accueillante, à peine frisée par une douce brise solaire, la flottille de pointus s’étire… Pavillons hauts car c’est jour de fête, la dernière de cet été. Mestres par-ci, polacres par-là, juste pour l’élégance et le coup d’œil car pour avancer, gréés ou pas, tous ont besoin du moulin.

Des équipages heureux de naviguer de concert, d’entrelacer leurs sillages, de s’offrir les uns aux autres le plaisir de créer et d’admirer un spectacle vivant, un spectacle d’antan, une parade de pointus chamarrés.

Bientôt l’arrivée en fanfare dans le petit port de l’île voisine, les amis, les histoires, les régalades… et tutti quanti ! Sur chaque pointu, chacun s’affaire à repérer la passe, à placer les pare-battages, à préparer les bouts, haut les gaffes !

Soudain, sur un pointu, un équipier s’allonge un peu brutalement sur le rouf, face au ciel. C’est un invité. Tiens, Pierre s’expose de bonheur au beau soleil... Il faut une dizaine de secondes au patron et à l’équipage (3 adultes et un enfant) pour s’apercevoir que Pierre n’est pas en extase… mais qu’il a perdu connaissance ! L’équipage, hautement médicalisé, réagit, l’allonge à plat pont, le met en position de sécurité…et Pierre reprend ses esprits. Au lieu du petit port festif, avant toute et direction le continent, la capitainerie … puis le médecin de garde, l’ambulance, l’hôpital. Tout finira bien, cette fois.

Mais quelle crainte rétrospective ! et si au lieu de s’effondrer sur le roof, il était tombé à l’eau, sans connaissance ? l’équipement de secours était-il opérationnel ? non, il faisait très beau temps, n’est-ce pas, et la bouée couronne n’était pas à poste. Aurions-nous compris rapidement qu’il était inconscient ? pas sûr. Serions-nous arrivés à le remonter à bord ? probablement pas, en tout cas pas rapidement, faute d’avoir anticipé le défi de relever un corps inerte de 85 kg. Et cette joyeuse escapade dominicale aurait fort bien pu tourner au drame.
Patrons de pointus, mes amis, pensons-y, préparons-nous, entraînons-nous et toujours, même par très beau temps, restons vigilants ! "

Jean-Louis BERNARD

in : Antidotes, 2012.


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" J’ai sans doute déjà raconté, dit Décembre, l’histoire du midship anglais qui prend son quart à minuit sur un cargo traversant le Pacifique. Le cargo est sous pilote automatique, la nuit est belle, la mer calme. Le midship sort respirer l’air et se penche sur le bastingage pour examiner le sillage. Un très léger choc et il tombe à l’eau.

Le voici seul dans la nuit, en plein Pacifique, nageant dans le sillage irisé alors que la silhouette du cargo disparaît devant lui à l’horizon, d’abord la masse sombre de la coque, puis les feux de navigation, après le feu blanc de tête de mât. Seul dans la nuit du Pacifique.

Le midship calcule qu’il est minuit quinze, que le quart sera relevé à quatre heures du matin, que le capitaine fera fouiller le bateau en ne le voyant pas et, il connaît le capitaine, il donnera l’ordre à quatre heures trente de virer de cent quatre-vingts degrés et de revenir en arrière sur son parcours, même s’il n’y a pas une chance sur un million dans la nuit au milieu de Pacifique de refaire exactement la même trace et de retrouver l’homme à la mer.

Peu importe. Le midship nage toujours. Quatre heures et demi à l’aller. Quatre heures et demi au retour. Il calcule. A neuf heures ; le bateau doit être là. S’il n’est pas là, il se laisse couler. En attendant il se chante les chansons de sa jeunesse, retrouve ses peurs et ses joies d’enfance, se récite les vers qu’il a appris, se raconte sa vie pour rester en vie.

A neuf heures moins cinq, le bateau est là et le récupère. "

Jean-François DENIAU

in : Tadjoura, Paris, Hachette, éd., 1999.

ISBN : 2-253-14979-9


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Mis à jour le mercredi 18 septembre 2019