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Méditer

Méditer

" J’ai sans doute déjà raconté, dit Décembre, l’histoire du midship anglais qui prend son quart à minuit sur un cargo traversant le Pacifique. Le cargo est sous pilote automatique, la nuit est belle, la mer calme. Le midship sort respirer l’air et se penche sur le bastingage pour examiner le sillage. Un très léger choc et il tombe à l’eau.

Le voici seul dans la nuit, en plein Pacifique, nageant dans le sillage irisé alors que la silhouette du cargo disparaît devant lui à l’horizon, d’abord la masse sombre de la coque, puis les feux de navigation, après le feu blanc de tête de mât. Seul dans la nuit du Pacifique.

Le midship calcule qu’il est minuit quinze, que le quart sera relevé à quatre heures du matin, que le capitaine fera fouiller le bateau en ne le voyant pas et, il connaît le capitaine, il donnera l’ordre à quatre heures trente de virer de cent quatre-vingts degrés et de revenir en arrière sur son parcours, même s’il n’y a pas une chance sur un million dans la nuit au milieu de Pacifique de refaire exactement la même trace et de retrouver l’homme à la mer.

Peu importe. Le midship nage toujours. Quatre heures et demi à l’aller. Quatre heures et demi au retour. Il calcule. A neuf heures ; le bateau doit être là. S’il n’est pas là, il se laisse couler. En attendant il se chante les chansons de sa jeunesse, retrouve ses peurs et ses joies d’enfance, se récite les vers qu’il a appris, se raconte sa vie pour rester en vie.

A neuf heures moins cinq, le bateau est là et le récupère. "

Jean-François DENIAU

in : Tadjoura, Paris, Hachette, éd., 1999.

ISBN : 2-253-14979-9


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Mis à jour le jeudi 7 janvier 2021