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Bette

Bette

La bette - beto

La bette ou beto est un petit bateau élégant à fond plat, pointu aux deux extrémités, caractéristique des côtes de Provence. C’est une embarcation rustique, légère, rapide et maniable.

Sa stabilité latérale est faible, on dit qu’il s’agit d’un bateau jaloux. Sur l’étang de Berre et de Vacarès, on les appelait nega-chin, ce qui signifie en provençal "où se noient les chiens" ; plus à l’est, sur l’étang de Thau, c’était un nega-fol, littéralement "où se noient les fous" !

- Une coque originale

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Une bette tirée à sec sur la cale des pêcheurs de Sanary (vers 1930)

La bette a le fond plat avec une muraille droite uniformément inclinée, se raccordant à bouchain vif avec le fond qu’on désigne sous le nom de plan. L’étrave est très élancée et l’étambot a une inclinaison prononcée.*

On faisait autrefois des bettes allant jusqu’à 27 et 28 pans, c’est-à-dire 6,75 m à 7 m . A partir de 21 pans, les bettes portent des fargues ; au dessous de 21 pans elles n’ont pas de fargues et sont désignées parfois sous le nom de barquet.

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Deux bettes à flot dans le port de Sanary (vers 1920)

La construction est facile et économique. La bette est très bien adaptée à une utilisation dans les étangs, de faible profondeur, et dans les anses dépourvues de port : il est aisé en effet de la tirer sur la plage après la sortie en mer.

- La bette de travail

C’était dans l’ancien temps une embarcation de petite pêche et de service très commune entre les Saintes-Maries-de-la-Mer et La Ciotat mais aussi en Languedoc dans le quartier maritime de Sète.

C’était l’outil privilégié des Pite Mouffe s’adonnant aux petits métiers : cueillette des oursins, pêche aux rusquets, aux jambins (nasse) et à la foëne.*

La bette était manœuvrée à la partègue (perche) ou à l’aviron. Il existait aussi des bettes marines, servant au cabotage et souvent équipées d’une voile latine.

La bette a aussi été utilisée comme bateau de recherche scientifique ! David ROMANO rapporte dans son mémoire Histoire de la Station Marine d’Endoume et du Centre d’Océanologie de Marseille
de l’origine (1869) à nos jours
que le Pr. Etienne JOURDAN, directeur du laboratoire de zoologie marine d’Endoume de la Faculté des Sciences de Marseille, se plaignait ainsi en 1911 des faibles moyens dont disposait son laboratoire : "... le seul bateau que le laboratoire possède se trouve mouillé au Vieux Port, et semble-t-il dans un état assez pitoyable. ...Le Laboratoire... ne dispose que d’une petite embarcation de pêcheur, désignée dans la région marseillaise sous le terme générique de "bette". Cette barque toute simple ne peut être manoeuvrée semble-t-il que par un seul homme, en l’occurrence le pêcheur M. Mouton, qui travaille à Endoume. Il en a la charge, et s’en occupe quasiment seul. Les jours où le temps permet, il sort en mer, chargé d’instruments de prélèvement, pour recueillir aux endroits qu’on lui a indiqués, des spécimens destinés aux études ou aux aquariums. Avec un engin pareil, les possibilités restent nécessairement limitées à la zone côtière. Pour effectuer des séries de dragages un peu plus loin au large, le laboratoire doit louer les services d’un petit remorqueur, et dans ce cas là les sorties doivent être bien ciblées, car avec son budget de fonctionnement réduit, l’établissement n’a pas les moyens d’utiliser cet engin toutes les fois qu’il le faudrait."

- La bette de plaisance

Au début du XXème siècle chaque petit port ou crique possédait sa flottille de bettes. La voilure de la bette se compose d’une voile latine enverguée sur antenne et d’un foc qu’on amure sur le capian.*

Au début de la plaisance populaire à Marseille, la bette devint un bateau familial. Associée au cabanon, elle devint l’instrument du loisir des beaux jours, la sortie de pêche. Puis dès 1908, la bette est devenue un bateau de régate très toilé avec, outre sa voile latine et son foc, l’apparition d’un bout dehors et d’un flèche. En 1913 les régates du club nautique de La Pointe Rouge à Marseille rassemblaient 40 bettes.*

Après avoir quasiment disparu, c’est à l’Estaque sous l’impulsion de Laurent DAMONTE à la fin des années 1980 que furent lancées les premières restaurations de bettes.*

- Les cousins de bette

De nombreux autres types de petits bateaux à fond plat ont été conçus sur les différents plans d’eaux, lacustres ou maritimes, pour répondre aux besoins à la fois d’économie et de simplicité de construction et de faible tirant d’eau. Parmi ceux-ci, on peut citer :

  • le bétou ou bétoune  : bateau des pêcheurs de l’étang de Leucate, très proche de la bette, manoeuvré à la perche.
  • la pinasse (de l’espagnol pinazza : bateau en bois de pin), utilisée notamment pour la petite pêche sur le littoral de la Gironde, manoeuvré aux avirons ou à la voile.
  • le doris  : à l’origine, embarcation légère à fond plat, pouvant contenir deux hommes, utilisée par les pêcheurs de Terre-Neuve pour aller mouiller leurs lignes sur les lieux de pêche ; puis, par extension, sur les côtes atlantiques, toute petite embarcation (synonyme de canot).

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Les superbes photographies illustrant cette page sont dues au talent de Jean HUET, photographe en Haute Provence ; vous trouverez ces clichés en haute résolution sur le site de l’Association Voiles d’En-Haut que nous remercions.

(*) Extrait de l’ouvrage Voiles Latines - Renaissance des bateaux de Méditerranée – Ed. Le Chasse-Marée


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Mis à jour le vendredi 12 mai 2017