Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Logo du site

Accueil > Savoirs traditionnels > Construction, gréement, voiles & noeuds > Gréement et voile latins

Gréement et voile latins

Gréement et voile latins

Des origines...

La voile latine, et le gréement correspondant dit latin, semblent aujourd’hui parfaitement en harmonie avec leur caractère traditionnel et méditerranéen. Or ce qualificatif de latin est le fruit d’une confusion lexicale !

En effet, comme le montrent toutes les représentations des navires de la Rome antique, ils étaient animés par les rames et des voiles carrées.

Trireme romaine - mosaïque de Carthage

Mosaïque trouvée à Carthage d’une trireme romaine, Musée national du Bardo, Tunis.

Ces voiles carrées étaient suspendues à une vergue horizontale et déployées perpendiculairement au vent ; le navire ne pouvait faire route à la voile qu’avec un vent dit portant. La manoeuvre à la rame ne permettait de pallier que très partiellement cette contrainte. L’évolution des savoirs a conduit à incliner progressivement cette vergue en abaissant l’une de ses extrémités vers le pont du navire, ce qui dans le même temps avait pour effet de la rapprocher de l’axe du bateau.

JPEG - 76.5 ko
Bateau à voile grec, dessiné sur le mur d’une habitation du port de Delos
IIème siècle avant JC

L’inclinaison de la vergue a conduit naturellement à tailler les voiles en triangle. Cette évolution de la position et de la forme de la voile semble s’être produite en Méditerranée orientale vers le IXème siècle ; elle s’est révélée très performante, permettant au bateau de faire route en remontant contre le vent. C’était la découverte de ce que les physiciens analyseront bien plus tard comme correspondant aux différences entre flux turbulent (voile carrée s’opposant au passage du vent) et flux laminaire (voile triangulaire déviant le vent).

...au faux sens !

Alors pourquoi cette appellation erronée voile latine ? car il y a eu une confusion lexicale, mécanisme bien connu de l’’évolution orale des langues : les locuteurs illettrés ont du mal à saisir les frontières entre les mots et ont tendance à rattacher phonétiquement la nouvelle expression entendue à une autre déjà connue. Et c’est ainsi que le vieil italien velo a la trina (voile triangulaire) est devenu voile latine !

Constitution du gréement latin

Le gréement latin est constitué d’un mât et d’une antenne, auxquels s’ajoute parfois un bout-dehors.

- Le mât ( arboura )

JPEG - 72.3 ko
Caravelle
XVI° siècle

Il est court et fort ; sa longueur est d’environ 4/5 de la longueur de la coque, ce qui correspond à la longueur intérieure du bateau. Son diamètre maximum est situé au pied du mât, il est égal à 3% de sa longueur ; son diamètre minimum est situé au sommet, il est égal à la moitié du grand diamètre.

Le mât est posé sur la quille au 11/25ème de la longueur du bateau à partir de l’avant. Son pied est inséré dans l’emplanture, pièce de bois située au fond du bateau et calée entre les membrures. Au niveau du pont, il est tenu dans l’étembrai.

La tête du mât est percée d’une fente dans laquelle se trouve une poulie (le clan) sur laquelle passe la drisse de la voile.

Le mât est légèrement incliné sur l’arrière ; la quête est de un pouce par pied, soit un douzième, soit 8,34 cm par mètre.

Au-dessus de l’étambrai, le mât est équipé d’un ou plusieurs taquets servant à arrêter les drisses et autres manoeuvres.

- L’antenne ( anténo )

L’antenne est la partie la plus originale du gréement latin. Elle est toujours constituée de deux espars :
- l’un, inférieur, est rigide et croise le mât, c’est le car ( lou car )
- l’autre, supérieur, est souple, c’est le penne ( peno ).

Le quart et le penne se côtoient sur une certaine longueur, c’est le croisant ( enginaduro ) qui représente environ 1/3 de la longueur totale de l’antenne. Au niveau du croisant, le quart et le penne sont travaillés de façon à ce que leurs surfaces en contact soient bien ajustées : soit planes, soit concave/convexe. Le penne est toujours positionné sous le quart. L’assemblage est réalisé par des ligatures en cordage.

L’antenne est placée soit à babord, soit à tribord ; le choix conditionne l’amure qui sera la plus favorable : quand l’antenne est à babord, tribord est l’amure favorable ( la boueno man ) et babord l’amure défavorable ( a bido ). Les bateliers des ports établissaient en général l’antenne à babord ; en effet, ils étaient souvent amenés à accoster bord à bord de gros vaisseaux mouillés en rade, et une règle navale imposait aux petits bateaux d’aborder les navires par babord. Il était plus commode et prudent de ne pas établir l’antenne du côté de l’accostage, c’est-à-dire à tribord du pointu.

La qualité et le réglage de l’antenne sont déterminants pour la bonne marche du bateau. L’antenne doit être à la fois solide, souple et légère.
Frédéric MISTRAL utilise la référence à l’antenne pour décrire son héros Calendau : "Prim, souple e fort comme uno anteno" ("Mince, soulpe et fort comme une antenne") in : Calendau, cant proumié, 1866.

Le quart, sur lequel portent les forces les plus importantes, doit être surtout solide, alors que le penne doit allier légèreté ("Quart de fer, penne de fenouil" ).

La drisse de l’antenne est constituée d’une itague appelée flon . Le flon de drisse est fixé au niveau de la partie antérieure du croisant par l’intermédiaire d’un anneau de cordage appelé estrope ou bragot  ; il passe dans le réa de tête de mât et se termine par le palan de drisse qui est tourné sur un taquet fixé au-dessus de l’étambrai ou sur l’étambrai lui-même. La position de l’estrope sur l’antenne est très importante car elle conditionne la position longitudinale de l’antenne par rapport au mât et donc au bateau ; selon que l’on place l’estrope plus ou moins en avant ou en arrière le long de l’antenne, le centre de la poussée vélique recule ou avance, rendant le bateau ardent (tendance à lofer, à se rapporcher le l’axe du vent) ou mou (tendance à abattre, à s’écarter de l’axe du vent).

L’antenne est maintenue contre le mât par la drosse, qui est une boucle coulissante composée d’un fort bout à l’extrémité duquel est fixé un anneau de bois (moque appelé bigotto et dans lequel le bout passe après avoir embrassé l’antenne et le mât. La drosse est souquée ferme sur un taquet fixé au-dessus de l’étambrai ou sur l’étambrai lui-même.

Au pied du quart, sont fixées deux manoeuvres : le palan d’amure ( lou davant ) et l’orse-poupe. A l’extrémité du penne, est fixée l’oste : il s’agit d’un hale-bas qui rejoint un taquet fixé à la poupe. Ces trois manoeuvres servent à orienter l’antenne dans le plan vertical et latéral, en fonction de l’allure du bateau (orientation de sa route par rapport à la direction du vent).

L’angle que forme l’antenne avec le mât est d’environ 150°.
L’antenne est parfois prolongée par un frêle espar ( espigoun ) servant à établir quelque pavillon.

- Le bout-dehors ( bartalo )

Il s’agit d’un espar disposé à l’avant du bateau, à peu près horizontal, qui dépasse la coque d’environ un mètre et permet d’avancer le point d’amure du polacre pour l’écarter de la mestre, ce qui améliore son rendement et autorise une plus grande surface.

JPEG - 53.1 ko

et toujours...l’entretien !

JPEG - 154.5 ko
JPEG - 220.3 ko
JPEG - 101.2 ko
à Saint-Tropez...

Le lecteur pourra consulter aussi avec intérêt l’ouvrage : Construction et manoeuvre des bateaux et embarcations à voilure latine publié en 1897 par Jules VENCE, réédité par les éditions Oméga, Nice, 1997, dans lequel de nombreux renseignements présentés ci-dessus ont été trouvés.

Un salut aux amis du site Escales Maritimes qui ont apprécié cet article !


GIF - 8.8 ko
A
GIF - 10.1 ko
P
GIF - 9.4 ko
S

Site réalisé avec SPIP | Squelette BeeSpip

Mis à jour le mercredi 4 octobre 2017