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Accueil > Quai des mots > Mer de mots

Mer de mots

Pierre de Ronsard

Stances

Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ton front, et ta lèvre jumelle ?
En veux-tu baiser Pluton,
Là-bas, après que Charon
T’auras mise en nacelle ?
Pierre de Ronsard

in : Stances.


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Paul Valéry

Le cimetière marin

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Le vent se lève ! il faut tenter de vivre
L’air immense ouvre et referme mon livre
La vague en poudre ose jaillir des rocs
Envolez-vous, pages tout éblouies
Rompez, vagues ! rompez d’eau réjouie
Ce toit tranquille où picoraient des focs.
Paul Valéry

in : Le cimetière marin, 1920.


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Paul Marie Verlaine

La mer est plus belle

La mer est plus belle
Que les cathédrales,
Nourrice fidèle,
Berceuse de râles,
La mer sur qui prie
La Vierge Marie !

Elle a tous les dons
Terribles et doux.
J’entends ses pardons
Gronder ses courroux.
Cette immensité
N’a rien d’entêté.

Oh ! si patiente,
Même quand méchante !
Un souffle ami hante
La vague, et nous chante :
" Vous sans espérance,
Mourez sans souffrance ! "

Et puis sous les cieux
Qui s’y rient plus clairs,
Elle a des airs bleus,
Roses, gris et verts...
Plus belle que tous,
Meilleure que nous !

Paul Marie Verlaine

in : Sagesse, 1880.


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Paul Eluard

Poisson

Les poissons, les nageurs, les bateaux
Transforment l’eau.
L’eau est douce et ne bouge
Que pour ce qui la touche.

Le poisson avance
Comme un doigt dans un gant,
Le nageur danse lentement
Et la voile respire.

Mais l’eau douce bouge
Pour ce qui la touche,
Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateau
Qu’elle porte
Et qu’elle emporte.

Paul Eluard

in : Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux, 1920.


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Jean-François Deniau

La mer est ronde

J’aime la mer et j’aime être en mer. J’aime partir, larguer l’amarre et passer les feux ; j’aime naviguer, voir le vent tourner, la brise adonner, le ciel changer, la mer se former et se déformer...

Nous qui avons tenté d’accorder notre souffle à celui de la mer en ne lui demandant rien d’autre que de pouvoir, de temps en temps, vivre et survivre à son rythme. Nous qui aimons le chuintement de l’eau sous l’étrave, et la courbure de la voile travaillant au mieux de sa forme, et le sillage que la mer de l’arrière accourt noyer inlassablement. Nous qui sommes les derniers, confondant l’espace et le temps, à compter sur cette planète les distances en jours. Nous qui ne recherchons ni l’inconfort, ni la fatique, ni le risque, mais les avons acceptés comme étant de notre lot, avec le sel dans les yeux et sur les lèvres, le vent qui refuse, l’aube qui ne se montre pas encore. Nous qui n’avons rien à gagner, rien à prouver, rien à battre, oui, nous devons être prudents, et pudiques, et discrets. Il faut toujours l’être quand on aime.

Jean-François Deniau

in : La mer est ronde , Paris, Gallimard, éd., 1981.

ISBN : 978-2-07-038523-2


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Pierre Loti

Le Roman d’un enfant

Pour la reconnaître ainsi, la mer, l’avais-je déjà vue ? Peut-être, inconsciemment...

Pierre Loti
in : Le Roman d’un enfant, Paris, Calmann-Lévy, Éditeur, 1890.


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Frédéric Mistral

Le poème du Rhône

Ah ! que fai bon pouja sènso relambi
Vers soun desir, emai siegue qu’un sounge !

Ah ! qu’il fait bon naviguer sans répit,
vers son désir, encore que ce ne soit qu’un songe !

Frédéric Mistral
in : Le poème du Rhône, cant vuechen, A l’avalido (1897)


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Pierre de Marbeuf

Et la mer...

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf
in : Recueil des vers (1628)


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Harriet Beecher Stowe

The Pearl of Orr’s Island

A ship is a beauty and a mystery whatever we see it ; its white wings touch the regions of the unknown and the imaginative ; they seem to us full of the odors of quaint, strange, foreign shores, where life, we fondly dream, moves in brighter currents than the muddy, tranquil tides of every day.

Un bateau est une beauté et un mystère quelque soit l’endroit d’où on le voit ; ses ailes blanches nous semblent gonflées des odeurs étranges et pittoresques de rivages lointains où la vie, rêvons tendrement, s’écoule de façon bien plus radieuse que les courants boueux et tranquilles de nos marées quotidiennes.

Harriet Beecher Stowe
in :The Pearl of Orr’s Island (1869)


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Blaise Cendrars

Bleus


La mer est comme un ciel bleu bleu bleu

Par au-dessus le ciel est comme le Lac Léman

Bleu-tendre.

Iles

Iles
Iles
lles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais
bien aller jusqu’à vous.
Blaise Cendrars
in : Feuilles de route (1924)


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Charles Baudelaire

L’homme et la mer

Homme libre, toujours, tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes,
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !

Charles Baudelaire
in : Les Fleurs Du Mal (1857)

Parfum exotique



Je vois un port rempli de voiles et de mâts,
Encor tout fatigués par la vague marine.
Charles Baudelaire
in : Les Fleurs Du Mal (1857)

La chevelure

Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :
Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur..

Charles Baudelaire
in : Les Fleurs Du Mal, XXIII (1857)


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Alfred de Vigny

Le bateau

Viens sur la mer, jeune fille,
Sois sans effroi ;
Viens, sans trésor, sans famille,
Seule avec moi.
*
Mon bateau sur les eaux brille,
Vois ses mâts, vois
Son pavillon et sa quille.
Ce n’est rien qu’une coquille,
Mais j’y suis roi.

Pour l’esclave, Dieu fit la terre,
O ma beauté !
Mais pour l’homme libre, austère,
L’immensité !
*
Les flots savent un mystère
De volupté ;
Leur soupir involontaire
veut dire : amour solitaire,
Et liberté.


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Guillaume Apollinaire

Chantre

Et l’unique cordeau des trompettes marines.

Guillaume Apollinaire
in : Alcools.


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Alfred de Musset

Adieu !

Adieu ! je crois qu’en cette vie
Je ne te reverrai jamais.
Dieu passe, il t’appelle et m’oublie ;
En te perdant je sens que je t’aimais.

Pas de pleurs, pas de plainte vaine.
Je sais respecter l’avenir.
Vienne la voile qui t’emmène,
En souriant je la verrai partir.

Tu t’en vas pleine d’espérance,
Avec orgueil tu reviendras ;
Mais ceux qui vont souffrir de ton absence,
Tu ne les reconnaîtras pas.

Adieu ! tu vas faire un beau rêve
Et t’enivrer d’un plaisir dangereux ;
Sur ton chemin l’étoile qui se lève
Longtemps encor éblouira tes yeux.

Alfred de Musset


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Paul Fort

La mer

La mer brille comme une coquille
On a envie de la pêcher
La mer est verte
La mer est grise
Elle est d’azur
Elle est d’argent et de dentelle.

Paul Fort


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Alphonse de Lamartine

Les voiles

Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes,
_ Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
_ Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
_ Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie
_ Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
_ Des continents de vie et des îles de joie
_ Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main.

J'enviais chaque nef qui blanchissait l'écume,
_ Heureuse d'aspirer au rivage inconnu,
_ Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
_ J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu.

Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées,
_ Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
_ Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
_ De moi-même partout me montrent les débris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
_ Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;
_ La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste
_ Et chacun de ces flots roule un peu de mon coeur.
Alphonse de Lamartine , 1790-1869.
Oeuvre posthume.


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Saint-John Perse

Amers

J’ai pris la marche vers la Mer comme une illustration de cette quête errante de l’esprit moderne, aimanté toujours par l’attrait même de son insoumission.

Saint-John Perse
in : Amers, Note sur la thématique, 1957.

Vents

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,
Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
En l’an de paille sur leur erre... Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

Saint-John Perse
in : Vents, I, 1, 1946.


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Madeleine Le Floch

Ver de mer

Un poisson connaissait par cœur
les noms de tous les autres poissons.

Il connaissait les algues, les courants,
les sédiments, les coquillages.

C’était un érudit.

Il exigeait d’ailleurs qu’on l’appelât
« maître » !

Il savait tout de la mer.

Mais il ignorait tout de l’homme.

Et un jour il se laissa prendre au bout
d’un tout petit hameçon.

Madeleine Le Floch
in : Petits contes verts pour le printemps et pour l’hiver, 1975.

Vert exclusif

La mer
en s’en allant
écrivait sur le sable
un poème

que le vent
jaloux
effaçait.

Madeleine Le Floch
in : Petits contes verts pour le printemps et pour l’hiver, 1975.


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Erik Orsenna

Les bateaux ne partent pas que des ports, ils s’en vont poussés par un rêve.

Erik Orsenna
in : L’entreprise des Indes, Stock/Fayard, 2010.

A quoi sert de naviguer ?
Ne serait-il pas suffisant de jouer de la musique ?
Et si la musique était la forme supérieure de la mer ? Toutes deux sont fluides, toutes deux relient des mondes. Mais à la différence de la mer, la musique est sans grandiloquence, elle n’a pas besoin de montrer sa force par des tempêtes, sa cruauté par des noyades.

Une idée m’est venue. Une idée d’autant plus pernicieuse que simple et lumineuse....C’est l’idée selon laquelle Dieu n’a voulu, vraiment voulu, que la mer et la musique. Le reste de Sa Création - notamment la terre ferme, les hommes et leurs langages - n’est que brouillons, variations pernicieuses ou enchaînements mécaniques, essais malheureux, repentirs, déchets.

Erik Orsenna
in : L’entreprise des Indes, Stock/Fayard, 2010.


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Kate Chopin

The awakening

The voice of the sea is seductive ; never ceasing, whispering, clearing, murmuring, inviting the soul to wander for a spell in the abysses of solitude ; to lose itself in mazes of inward contemplation.
The voice of the sea speaks to the soul. The touch of the sea is sensuous, enfolding the body in its soft, close embrace.

La voix de la mer est séduisante ; sans cesse, sans ambiguïté, en chuchotant, en murmurant, en invitant l’âme à errer pour un tour dans les abîmes de la solitude, à se perdre dans les labyrinthes de la contemplation intérieure.
La voix de la mer parle à l’âme. Le contact de la mer est sensuel, enveloppant le corps dans sa douce étreinte.


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Jacques Prévert

L’amiral

L’amiral Larima
Larima quoi
la rime à rien
l’amiral Larima
l’amiral Rien.
Jacques Prévert


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Paul Fort

La mer

La mer brille
Comme une coquille
On a envie de la pêcher.
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La mer est verte
La mer est grise
Elle est d’azur
Elle est d’argent et de dentelle.
Paul Fort
in : Les ballades françaises, 1896-1958


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Jean Richepin

La mer, le soir

Dans le silence
Le bateau dort,
Et bord sur bord
Il se balance.
*
Seul à l’avant
Un petit mousse
D’une voix douce
Siffle le vent.
Jean Richepin
in : La Mer, 1866


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Mis à jour le jeudi 20 septembre 2018